... RV annuel que je ne rate quasiment jamais,

tant je tiens à cette tradition que notre mère

(qui était agent litteraire), nous a transmise...

Aller regarder les livres, les toucher,

rencontrer les auteurs qui nous ont à leur tour touchés...

 

Cela me replonge des années en arrière où j'étais si fière

d'accompagner ma mère sur tous les stands et de rencontrer les auteurs

dont elle s'occupait de vendre les droits entre la France et les pays scandinaves...

Nos appartements parisiens ont toujours été remplis de livres du sol au plafond,

et si j'aime toujours autant les grandes bibliothèques

et ce qu'elles contiennent, c'est grâce à toi maman...

 

C'est ma sœur qui a repris cette activité à la mort de notre mère en 1993,

il y a (déjà!) presque 20 ans...

Et c'est d'elle que je suis si fière aujourd'hui,

elle qui mène son agence avec brio et qui a su si vite gagner la confiance des éditeurs

malgré son jeune âge à l'époque (elle n'avait que 21 ans...) et toutes les difficultés...

 

Alors venir flâner avec mes enfants et les siens, dans cet univers de lettres et de rencontres,

est devenu un petit pèlerinage annuel que j'apprécie d'autant plus que les enfants grandissent

et ont à leur tour leurs auteurs favoris!

 

Nous avons eu la chance de démarrer notre visite par un petit concert

donné par Vincent Malone, alias le roi des papas,

dans le cadre de la promotion de ses derniers livres aux Editions du Seuil Jeunesse.

Nils était déjà un grand fan de "papa houetu"

réalisé en collaboration avec la géniale et non moins ravissante illustratrice Soledad Bravi,

alors même si à 5 ans passés on ne lit plus de livres cartonnés (sic),

il nous fallait le dernier né "maman houtuva", et son binôme de dédicaces;-)

 

De mon côté je n'ai pas bravé les deux heures de queue...

pour aller saluer la touchante et talentueuse Delphine de Vigan...

Et pourtant...

 

J'avais tant à lui dire sur les souvenirs que son livre "Rien ne s'oppose à la nuit"

ont remués en moi...

Tant de points communs si douloureux et si forts à la fois...

Des mots, des lieux, des dates et surtout des maux communs qui ont façonnés nos enfances,

ça en est véritablement troublant!

 

Une grand-mère extraordinaire qui a élevée une famille nombreuse

(dont un petit dernier porteur d'un 3ème chromosome 21...)

Une maison de famille remplie de souvenirs, plus ou moins gais...

Une mère belle et "originale" disait-on...pleine de ressources!

passionnée de littérature et d'arts, d'une culture exceptionnelle

et qui attirait sur elle tous les regards tant elle rayonnait par sa personnalité hors du commun...

 

Mais une mère qui lentement basculera dans un état dépressif et bipolaire,

oscillant entre périodes d'euphorie et de joies intenses,

et celles d'épouvantables descentes aux enfers dont rien ni personne,

ni surtout pas les médicaments ne pourront freiner la chute...

 

Une mère dont le corps inanimé sera un jour découvert par sa fille aînée

(ma sœur dans notre cas...),

et dont la mort laissera deux sœurs unies comme les doigts de la main

dans un inconsolable désarroi...

 

Delphine et Manon vs Arabella et Sophie...

Lucile vs Elise...

Tant de points communs dans nos vies...

Tant de similitudes dans des destins "hors du commun"...

 

Alors, ce que je n'ai pas eu le courage de faire samedi à la porte de Versailles,

je le dirais ici,

puisque c'est mon petit coin à moi où je peux déposer mes valises à ma guise...

 

Delphine de Vigan si vous saviez comme votre livre m'a émue, secouée, retournée de l'intérieur!

Vous avez osé mettre des mots et fouiller dans ce passé douloureux,

tourmenté, mais tellement plein d'amour et de vie!

 

Vous avez fait ce que je n'ai jamais eu le courage de faire,

reconstituer le parcours chaotique d'une vie escarpée,

la vie de celle qui VOUS a donné la vie...

 

Pour tout cela et pour tout ce que j'ai pu depuis exprimer, tout ce que j'ai ressenti...

Je vous dois un très grand merci et un immense bravo!

 

***

***

 

Ma mère à moi aurait eu 70 ans et aurait sans doute été aujourd'hui

une formidable grand-mère à l'instar de Liane {et de Lucile} dans le roman...

 

Ma mère à moi, je n'ai jamais cessé de l'aimer,

malgré toutes les difficultés qu'elle nous a fait traverser...

Et elle n'a jamais eu de cesse d'être la meilleure des mamans malgré la maladie,

et moi de lui dire et de lui répéter que j'aurais tellement voulu pouvoir l'aider...

 

"Vous êtes avec ta sœur la seule chose que j'ai réussie dans ma vie"

m'avait-elle un jour dit...

Mais elle avait tort, elle se trompait tant en disant cela!

Elle qui multipliait les talents, parlait 6 langues, avait parcouru le monde...

petite femme danoise brillante et pleine d'humour,

qui avait su conquérir le milieu fermé de l'édition

et s'attirer tant d'amitiés...

 

Comme Delphine de Vigan, l'année 1980 est une année charnière de ma vie...

L'année où à l'âge d'avoir tout juste appris à lire je découvrais la note suivante

sur un coin de table du salon de notre maison de vacances:

"la vie est longue ou courte mais moi je la préfère très courte".

Ah comme la mémoire d'un enfant peut-être sélective parfois...

Ma mère venait de faire sa première tentative de suicide...

Première d'une longue série qui mettra fin à sa vie à l'âge de 50 ans, le 12 avril 1993...

 

Je ne compte pas les fois où je l'ai retrouvée évanouie,

profondément endormie, dans un bain de sang ou même quasi noyée...

Ni les fois où du haut de mon jeune âge j'ai du appeler les pompiers,

faire casser à la hache la porte de notre appartement de la rue du Vieux-Colombier,

la faire conduire aux urgences par le Samu toutes sirènes hurlantes...

Ou simplement, derrière la porte de sa chambre, l'entendre pleurer...

 

Comment oublier l'épisode de sa disparition,

pendant 3 longues semaines...

où nous avions reçue ma sœur et moi la même carte d'adieu, à quelques jours d'intervalle...

commençant par "comme Ulysse je pars faire un long voyage ..."

 

Comment oublier les recherches engagées pour la retrouver,

j'avais 18 ans, ma sœur en avait 20,

la réponse de la police "nous sommes désolés mais votre mère n'a rien à se reprocher...

et nous ne pouvons donc pas la faire rechercher..."

Et la grande détresse ressentie alors que nous la savions en danger...

 

Comment oublier ce coup de fil de ma sœur,

-alors que j'étais repartie passer mes examens de fin de première année d'études politiques-,

"je pars pour Cork, maman a été retrouvée, noyée mais en vie!"...

et son retour à la maison, comme si de rien n'était, les bras chargés de cadeaux irlandais...

 

Comment oublier la suite... notre face à face où je l'ai sommée de se faire aider...

son hospitalisation le soir même, à la demande d'un psychiatre chez qui j'étais allée frapper

à l'improviste, et à qui j'avais répondu oui à la fatidique question:

"avez vous peur que votre mère se tue"?...

 

Comment oublier la clinique, les traitements,

le visage et la voix métamorphosés de notre mère adorée...

et son retour à la maison, où j'avais compris que plus rien ne serait jamais comme avant...

que les médicaments loin de l'aider à mieux supporter la lourdeur de l'existence

nous avaient tout simplement "enlevés" notre maman...

 

Comment oublier ce matin du 12 avril 93 les mots d'Arabella:

"maman a recommencé cette nuit, mais cette fois, c'est vraiment sérieux,

son coeur bat, elle a été ranimée par les pompiers, mais son encéphalogramme est plat..."

Comment oublier les décisions qui s'en suivirent, le don d'organe, la douleur, le manque...

 

Tous ces moments sont là... ancrés au fond de moi... je ne les oublierais pas...

mais ce qui reste le plus fort est tout cet amour qu'elle a su me donner,

et qui m'a souvent donné la force d'entreprendre ce que je voulais...

cette liberté qu'elle m'a offerte...

et cette immense confiance qu'elle a toujours eu en moi...

tous mes amis qui l'ont connue peuvent témoigner de sa gentillesse,

de son extrême douceur et de sa générosité inouïe,

et personne n'a oublié non plus sa grande beauté...

cette maman que plus jeune beaucoup de mes amies m'"enviaient"...

si elles avaient su...

 

Bientôt 20 ans que ce manque s'est installé,

manque que j'ai petit à petit apprivoisé...

Mais mon amour pour toi est intact maman adorée

et je sais que depuis là où tu es tu le sais...

xxx

♡♡♡